Pendant que je travaille dans le confort de mon foyer, le gros rouquin poilu dopé par sa médication profondément endormi à mes pieds, je ne peux m'empêcher d'angoisser. Y a le soleil qui pointe à travers le rideau de bois, M. Ward qui pète dans mes hauts-parleurs et le frigo pas trop loin, précieux allié qui me fournit des dattes et une raison de m'éloigner de mon bureau. De quoi faire des jaloux.
Mais je ne sais pas si c'est de saison, le nouveau mal de novembre qui surgit plus tôt cette année, ou le fait que la frangine s'envole dans quelques jours pour aider les mourants à Calcutta, j'ai la chienne, la grosse chienne sale, qui serre l'œsophage et écrase les artères. Celle qui empêche de retrouver son souffle.
Depuis mon retour y a un Everest de paperasse et de mots qui me regarde du coin de ma table, qui ne demande qu'à être traduit, fouillé, exploré et je me trouve pas assez intelligente pour abattre tout le boulot. J'ai la chienne de les porter sur mon dos.
Oui. La grosse chienne sale de voir ce qu'il pourrait se passer.
On est bien toujours son propre ennemi.
Le pire, c'est que Mon ami Bob n'est pas assez loquace pour me trouver le terme exact qui représente la peur indélébile d'être fondamentalement ignorant. À quoi ça sert d'abord, un dictionnaire.
Pendant ce temps-là, mon félin est heureux dans ses songes médicamentés, couché sur un dépliant d'hôtel de Galilée, et ma sœur part pour aider à s'en aller ceux qui voudraient bien exister encore un peu.
L’Asie, mon refuge
Il y a 14 heures
2 notes:
Nous faisons un métier fort ingrat mon amie, j'en ai bien peur; nous sommes payées pour écrire des phrases pour les autres, mettre en mots leurs pensées, leurs envies, transmettre leurs messages, les traduire, les remâcher, les améliorer, et quand vient le temps de nous exprimer, de dire ce qui nous, nous pèse, ce qui nous chavire, nous angoisse, nous importe, voilà, des mots, il ne nous en reste plus. Car nous avons tout donné.
Au fond, peut-être n'y a-t-il pas une si grande différence entre ce que ta soeur fera auprès des mourrants à Calcutta et ce que toi et moi faisons chaque jour: nous aidons la parole des autres à progresser vers la lumière.
Vas-y! T'es capable!
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