lundi 13 juillet 2009

Ne plus savoir à quel pilon se vouer

Ce samedi de pluie, juste avant le souper, j'ai regardé le documentaire Our Daily Bread, un film sur la production alimentaire.

Le Subconscient — Tu penses que c'est une bonne idée de regarder ça avant de manger?
La cinéfille — Ben oui voyons. C'est pas comme si on savait pas ce qu'il y avait dans le film.

Je me suis fait prendre à mon propre piège.
Le savoir est une chose, le voir en est une autre.

Sur des images d'une incroyable beauté, la caméra s'infiltre dans les industries européennes, celles qui mettent du poivron jaune dans nos fajitas, le sel dans notre beurre, le poulet dans les McPoulet, la salade molle dans le même McPou, et l'huile d'olive dans tous les mets de À la Di Stasio.

À l'écran, on voit la croupe d'une vache, appât pour exciter les bœufs, qui, le moment venu, se font engloutir la verge bandée par une sorte de condom géant tenu de la main d'un travailleur et dans lequel (condom) les bovins déchargent leur semence.

Il y a aussi ces images de porcs en route vers l'abattoir («Il ne vont pas le tuer, j'veux pas voir ça! Non! »), ces poulets aspirés par une Dirt Devil modèle industriel qui terminent leur course suspendus dans le vide, en route vers la mort, («je les aime! Je ne veux pas qu'ils meuuuuuurent!») mais avant ça, il y a ces poussins, ces milliers de poussins, nés dans des tiroirs truffés de trous, qu'on étiquette, qu'on barouette, qu'on jette dans la même poubelle que les coquilles vides lorsqu'ils sont malformés, et qui attendent qu'un jour passe l'aspirateur géant, entassés dans une immense salle obscure, sans jamais voir la lueur du jour.

Lorsque le générique s'est mis à défiler, je ne savais plus avec quoi me sustenter.

Aujourd'hui, à la boucherie, j'ai levé le nez sur l'agneau et le veau, parce que c'est trop cute. J'ai regardé ces palettes de bœuf en pensant à cette vache morte suspendue par les pieds, sur laquelle deux employés s'affairent à épelucher la peau comme un pèle une banane. J'ai vu de la ronde de cheval, et ça m'a fait songer à Aragorn sur sa monture. Pas touche.

Je n'ai pas pensé une seconde acquérir des cuisses de poulet, à cause des poussins.

Je suis plutôt passée à la poissonnerie.
On m'a vendu du Mahi Mahi pêché à l'état sauvage.

Mais bon sang qu'il y a un prix à payer pour ça.

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