jeudi 12 novembre 2009

Quelques jours de plus

Mutisme provoqué par la grippe, pas la mienne, celle des autres. Pour en rajouter, j'ai regardé Ce qu'il faut pour vivre. Ça tousse tellement dans le film que je crois avoir attrapé une infection pulmonaire.

De retour bientôt, anyway, 2012 sort demain et ça ne me tiendra pas silencieuse bien longtemps. Mes premières impressions?
John Cusack dans un film apocalyptique? Dennis Quaid, Ok, Elijah Wood, ooooh oui. Will Smith, certainement. Mais Cusack? Et quoi encore? Charlize Theron dans un film post-apocalyptique inspiré d'un livre dans lequel son personnage est pratiquement absent? Où s'en va le monde?

Ça ne restera pas de même.

lundi 9 novembre 2009

Aimer mieux

Une librairie, c'est le paradis. Y a des livres partout, plein de documents à toucher, à feuilleter, des assemblages de papier reliés qui paradent sur leurs étals. Du bonbon.

La semaine dernière, pour un anniversaire, je suis entrée une librairie, une vraie là, typique, pas une librairie qui vend l'album de Gart Brooks et des hochets en gelée de fraise sous un même toit. Pas le genre non plus à rassembler les livres de cuisine et de pop-psycho sur un promontoire immense et cacher les romans près de la toilette des employés .

À l'intérieur de la boutique, il n'y avait pas un chat, sauf une vendeuse, qui m'a fait un sourire en entrant. En fait, lorsque je lui ai demandé conseil, je me suis rappelée qu'elle n'était pas une simple commis qui pitonne des chiffres dans une caisse. C'était une libraire. Non seulement elle a su me conseiller, mais elle savait sur quelle rangée se trouvait la réponse à chacune de mes interrogations, sans me dire «Va voir le gars au kiosque d'information, il va fouiller dans l'ordinateur».

Le bonheur?

La différence entre la libraire est la vendeuse est simple. La vendeuse te demande sur un ton blasé si tu vas prendre un sac avec tes achats, avant de mettre la main sur son cellulaire pour texter sa best. La libraire, elle, va te demander si tu savais que Tonino Benaquista sera de passage au prochain salon du livre.

Ça torche.

Le pire, est que j'ai encore le réflexe d'aller chez les colossales librairies. On dirait qu'elles crient plus fort qu'elles existent.

Il faudrait aimer mieux.

* L'utilisation du féminin est purement fortuit et basé sur un fait vécu qui s'est produit entre le 3 et le 7 novembre.

samedi 7 novembre 2009

Père Noël, apporte-moi du poulet et Alain Zouvi

Le plus beau matin de l'année, celui que j'attends 364 jours durant, c'est ce premier samedi de novembre où j'extirpe enfin de mon Devoir mon catalogue de cadeaux de Vision Mondiale.

Ce catalogue de Noël, c'est un petit miracle d'idées, une source inépuisable de suggestions de cadeaux de Noël auxquelles je n'aurais jamais songé. À défaut de recevoir la bible Sears comme dans le bon vieux temps, celle de Canadian Tire ou même celle de Distribution aux consommateurs, je me jette corps et âme dans le guide de Vision Mondiale, encerclant ou faisant des X à côté de que je veux recevoir pour les Fêtes avec un enthousiasme débordant. Comme ce trio un poulet deux poules (55$) et ce quatuor de lapins (70$).

Cette année, en page 3, on apprend que le choix populaire est cette chèvre, qu'on peut offrir à un enfant dans un pays en voie de développement pour 100$. Un charmant témoignage accompagne la suggestion: «J'aime ma chèvre, c'est elle qui m'a permis de retourner à l'école», dit Confidential Ntlou Zimbabwe (traduction libre : Anonyme, de Ntlou au Zimbabwe). C'est l'fun que ces cadeaux soient aussi offert au Tiers-Monde. Je me demande seulement s'il ont des crayons pour y cocher ce qu'ils aimeraient recevoir à Noël.

En regardant un peu plus en profondeur, on constate que presque tous les choix sont les plus populaires. Remplir un étable (1200$), super populaire. «Donner un petit cochon à papa?» (40$) hyper tendance.

J'ai dessiné des cœurs à côté des moutons, d'une vache, et d'une pisciculture.
Ils le disent dans les émissions santé qu'il faut manger plus de poisson. Pour moi, c'est le moment ou jamais, disposant de temps libre et n'ayant pas encore d'enfants qui viendraient fucker l'écosystème de mon bassin de tilapia en lançant trop de moulée en feuille.

Dans le catalogue, il y a même des photos d'Alain Zouvi entouré de bambins.

La lectrice — Je veux Alain Zouvi pour Noël. J'vais faire un X à côté. Ok?
Le Subconscient, dans son cahier des Sports — ...
La lectrice — J'aimerais beaucoup ça.
Le Subconscient — ...

J'ai fait un cœur à côté.

Et un aussi à côté des latrines «pour une bonne hygiène» (125$). Avec la H1N1 qui s'attaque aux gens, on est jamais trop prudent.
C'est juste poche qu'ils vendent des antibiotiques, des médicaments contre le sida et des vaccins dans le catalogue, mais pas de mini stations de Purell à installer à côté de ses latrines.

jeudi 5 novembre 2009

Le facteur, cet ami qui me veut du bien

Le Subconscient, en prenant son courrier (son vrai, pas virtuel) rempli de publicités de pizza et de sushis— Y a jamais rien d'intéressant dans la poste.
La voisine concubine — Tut tut. Moi, j'ai remédié à ça. Mon courrier, est toujours plaisant.
Le Subconscient — ...
La voisine concubine — Je me suis abonnée à plein de revues. Comme ça, j'ai toujours hâte que le facteur arrive.
Le Subconscient — Ouais, mais ça te coûte 300 $ par année pour avoir des affaires le fun dans ta mail.
La voisine concubineC'est pas vrai. Des fois, sont gratuites, mes revues.

Et il me balance ça le jour où, dans mon sac à main, j'ai un chèque griffonné au nom du National Geographic Traveler.

Je l'haïs.

mardi 3 novembre 2009

3 novembre

Dans une boutique de vêtements soldés, un air très fort connu a retentit, une fois la porte passée.
Ma visite dans ce commerce a été bercée, trois chansons durant, par des chants de Noël.

Ouep.
Ouep, ouep.

It's Christmas, baby!

De bien bonnes choses

Depuis quatre ans que je veux les faire, ces satané biscuits en cœur avec de la confiture dedans de Ricardo.

Hier, je les ai fait.
Je me suis dit : «Tiens, une bonne blonde, ça fait des tartes au sucre, du fudge, des brownies. Moi, je peux faire mieux. Je peux faire des biscuits en cœur avec de la confiture dedans. »

D'une recette archivée dans une vieille revue de Ricardo, je sors la recette, et lis rapidement les ingrédients.
Ok, farine, sucre, confiture, beurre. Go.

La recette demande du beurre mou.

À la sortie du micro-onde, le beurre est dans un état mi-fondu-mi-mou. Bon.

Puisque j'ai de la cassonade mais pas de sucre, je remplace sans vergogne l'ingrédient, en me disant que ça ne sera jamais aussi beau que sur la photo de Ricardo, où le biscuit est d'une blancheur angélique. Soit.

Je plonge tous les ingrédients en même temps dans une plat de plastique.
En relisant la recette, j'apprends que ça demande un œuf.
En relisant la recette de nouveau, je réalise aussi qu'il y a trois étapes au mélange de la pâte à biscuit, ce que je n'ai pas respecté. Bof. Ça sortira comme ça sortira.

En tant que femme de mon époque, je ne possède pas de moule en forme de cœur. C'est donc avec l'aide d'un couvercle de pot Mason que je découpe la base, tandis que pour l'ouverture en forme de cœur, je gosse quelque chose avec un couteau. Après deux biscuits, j'en ai mon truck, et choisi de découper de vulgaires trous au milieu. Des trous, c'est de l'amour quand même.

Je n'ai pas de rouleau à pâte. Je me suis arrangée avec un verre à eau. Le résultat est discutable.

La recette disait que les biscuits seraient prêts à sortir du four 8 à 10 minutes plus tard.
Ça en a pris le double. Et je ne sais même pas pourquoi.
J'ai mis de la confiture de framboise. Aucune faute de ce côté. Les produits transformés ne déçoivent jamais. Regardez le Nutella.

Hier, j'ai fait deux biscuits en cœur pour mon chum. Il était content. Personne n'avait fait ça pour lui avant, qu'il a dit.

C'est ça qu'on appelle des mots doux, je pense.

lundi 2 novembre 2009

En possession de ses moyens

Comble de l'égoïsme: donner un coup de pouce à une fondation pour qu'elle lui forme de futurs lecteurs.

dimanche 1 novembre 2009

Instant figé

Minuit moins dix, au club vidéo, un soir d'Halloween.
Étrangement, l'endroit est bondé. Il y a une Alice, un Geisha. Une bohème. Et il y a moi, un film catastrophe déjà vu à la main, pour patienter d'ici 2012.

La cinéphile — Vous savez, vous devriez placer The Day After Tomorrow dans votre section «Fin du monde», pas juste pêle-mêle dans la section Hollywood, c'est difficile à trouver, si vous voulez mon avis.
La préposée — Il est déjà dans cette section, on en a deux copies et la première est déjà partie. Vous avez la 2e.
La cinéphile, au SubconscientWow! Il y a quelqu'un d'autre que nous à Montréal qui a pensé écouter The Day After Tomorrow ce soir!

Au moment de payer ma location, l'écran au dessus de la caisse projette Carrie de Brian De Palma. Pendant que Carrie se caresse le corps sous la douche avec un savon bleu, le temps s'arrête au club vidéo. Clients et employés ont les yeux rivés sur la scène, bouche-bés.

Là, alors que ma préposée allait recommencer à faire ma transaction, un filet de sang se met à couler entre les doigts de Carrie. Nue et paniquée, elle cours vers ses comparses étudiantes, qui répondent à son appel de détresse en lui lançant des serviettes hygiéniques et la menaçant avec des tampons.
Un bel élan de solidarité féminine.

La préposée — C'est intense, les premières menstruations.
Un gars déguisé, dans l'autre file — Ouin. Mets-en.
La cinéphile — Moi, ça s'est passé exactement comme ça.
Le Subconscient — Moi aussi. Pareil. Les Kotex, les filles, pis toute.

Carrie hurlait toujours dans son film lorsque je suis sortie.

Il était minuit.

vendredi 30 octobre 2009

La passion du criss

Il me fallait une passion.
Quelque chose pour passer le temps, pour me changer les idées, pour relaxer. Et surtout pour que le temps passe plus vite quand le Subconscient regarde son maudit hockey.
En plus, j'avais besoin d'un nouveau foulard.
Comme je suis cheap et que j'essaie de consommer de façon responsable, j'ai additionné 1 + 1 + 1 + 1, et j'ai mis tous ces éléments dans le même panier.
J'ai décidé que je deviendrais une As du tricot.

Alors je me suis inscrite à des cours de tricot.

Le professeur de tricot — Salut, quel est ton projet?
La tricoteuse qui débute — Un foulard. J'ai besoin d'un foulard pour l'hiver.
Le professeur de tricot — D'accord. Après trois cours, tu devrais pouvoir commencer.

Trois cours?

La tricoteuse qui débute — Ouin. C'est parce que je le voudrais maintenant.

Crime, il neigeait à Québec la fin de semaine dernière. C'est pas en mai que je le veux, mon bâtard de foulard.
Bref. Puisque le homemade demande du temps et de la patience, j'avale la pilule, en me disant qu'au pire, je tricherai, je prendrai de l'avance sur Internet, avec des images pas claires de mains et de laine. Google, y a que ça de vrai.


Alors j'ai commencé mon cours dans une boutique près de la maison, avec d'autres tricoteux plus avancés qui faisaient des mitaines avec quatre bâtons («des aiguilles, qu'on dit, a corrigé une tricoteuse), une autre fabriquait un chandail avec des motifs débiles. Ça me prendrait au moins 162 cours pour en arriver là.

Alors je commence. Le prof me montre comment enrouler les fils pour faire des mailles. Je fais mes mailles. Il me demande de les défaire et de recommencer, pour pratiquer.

La tricoteuse qui débute — Eille! C'est pas fin! J'aimais ça ce que j'ai créé.
Le professeur de tricot, déboussolé — Euh. Ben faut que tu pratiques.
La tricoteuse qui débuteFait chier.

Alors je me lance dans des carrés de laine poche. Pendant une heure. Pendant deux heures. Je mange de la tire Sainte-Catherine, que quelqu'un a laissé traîner sur la table de travail du petit salon de tricot aménagé. Il y a des trous partout. Je serre trop ma laine. Mange un bonbon. Je ne serre pas assez le fil. La laine se dédouble. Prend deux tires.

Le professeur de tricot — Bon. Maintenant, tu vas avoir besoin d'aiguilles et de laine pour pratiquer à la maison, et on peut se revoir dans quelques jours pour le deuxième cours.

J'ai acheté de la laine et des bâtons.
Et cinq heures de cours.

Ça m'a coûté 80 $.

Et je n'ai pas encore tricoté une seule maille de mon foulard, parce que la pelote que j'ai acheté est une pelote de pratique.
Ciel que j'aurais donc dû prendre un cours de couture.

Trash ton lipdub

Sympa comme tout, ce petit guide du lipdub de P45.
Ça donne envie d'en faire un avec les chats, le Subconscient et les souris dans mon logis.

mercredi 28 octobre 2009

Climat de terreur

La Curieuse — Chééééééériiiiiiiiiiii. Je veux pas que tu meurs de la H1N1.
Le Subconscient — Ben non, tu serais contente. Tu pourrais sortir avec plein de beaux gars, riches, cultivés, bâtis...
La Curieuse — Genre comme le gars cute au bureau?
Le Subconscient — ...
La Curieuse — ...
Le Subconscient — Ouin. Genre. J'serais mort anyway.
La Curieuse — Cooool.

Trois minutes plus tard, nouvel abandon à mes émotions, en plein déjeuner.

La Curieuse — Oui, mais. Je. Veux. Pas. Que. Tu meurs.
Le Subconscient — En tout cas, moi ça me dérangerait pas que tu meurs de la H1N1. Je pourrais lire mon journal en paix.
La Curieuse — ...
Le Subconscient — Allez, décolle.

mardi 27 octobre 2009

Après le rince-bouche, le désinfectant à mains

Je le savais, j'avais un pressentiment depuis mes années du secondaire, quand j'ai commencé à utiliser le désinfectant à mains, parce que j'étais une freak à temps partiel de la propreté. C'était écrit dans le ciel que ce liquide allait causer des problèmes chez les jeunes.

Dans le Maclean's de cette semaine, un article sur ces ados (et pré-ados) qui se saoulent au Purell.

«Most hand sanitizers have an alcoholic content between 60 and 90 %, which means that even small amounts have led to a number of cases of alcohol poisoning in younger children. That percentage is much higher than even that of most hard liquors, giving it an appeal to kids looking for a quick high, explains Jane Wells, a drama teacher at Toronto’s after-school Care Program. Wells has come to know a lot about this subject: she discovered that a group of eight- and nine-year-olds drank hand sanitizer at school just before she took them on a school walk. When she noticed them acting strange and giggling, they first told her they had been drinking alcohol, but after some probing, confessed it was really the hand cleaner. They told her they’d been enticed by the promise of alcohol “right on the bottle,” she says.»


The're Drinking What? édition du Maclean's du 2 novembre 2009

samedi 24 octobre 2009

En préparant l'hiver

On se prépare à hiverner ici. Aujourd'hui, j'ai plastifié mes quatre fenêtres, non sans avoir le sentiment de perdre de précieuses heures dans unique journée de congé.

Le Subconscient m'a bras-droité (à moins que ce soit l'inverse et que je l'aie assisté), coupant le plastique, prenant les mesures avec son ruban à mesurer. Quand je l'avais fait toute seule l'année passée, je n'y avais pas mis autant de soin. Et je m'en étais très bien porté.

N'empêche qu'avec tout ce soin, un problème s'est pointé.

Le Subconscient — Euh...Émilie?
Émilie (qui d'autre?) — Quessé.
Le Subconscient — On a un problème.

D'un signe de tête, il m'indique les crochets de mon store horizontal, que j'ai scellés derrière le plastique.

Émilie — Oh ta-bar-nak.
Le Subconscient — Qu'est-ce qu'on fait?

Option 1: Reprendre le travail.
Option 2: S'en crisser.





On a TELLEMENT pas repris le travail.

jeudi 22 octobre 2009

Plaisir solitaire dans la section à louer sur Kijiji

Qui aurait pu penser que ça aurait existé?

Le tropique intérieur

Écrasée sur le divan, pour faire changement de devant l'écran 13 pouces, je feuillette un livre sur les Caraïbes. Ça goûte le rhum et la noix de coco. C'est la fin de l'après-midi, il faut aussi noir que ce matin au réveil. Le peu de lumière qui passe à travers les deux fenêtres peine à percer les arbres et les édifices qui encerclent mon adresse.

À droite, une boule de poil rousse s'abandonne au sommeil sur la partie de cuirette qu'il n'a pas encore souillé. Pendant que je tourne les pages, une poussière grise est repliée sur mes cuisses, dans une gymnastique féline très complexe. La queue touffue devant ses yeux cache l'éclairage artificiel couleur limette qui émane de ma lampe de papier.

Partout dans l'appartement, le chauffage est monté. Même dans la salle de bain de 2 pieds carrés, la chauffrette réchauffe mon siège de toilette.

Les tropiques sont un peu chez nous.

À travers le Megafaun que crache mes hauts-parleurs, un bruit m'avertit que j'ai du courrier virtuel. Je lève les yeux en direction de mon ordinateur. Derrière la fenêtre de mon bureau, la pluie s'est inclinée pour laisser la place à un écran de neige.

Je retourne à mon livre.
C'est quoi déjà la recette du Ti-Punch ?

mardi 20 octobre 2009

Le 7e jour

Testé: un jambon, ça passe date en 6 jours.

Mon jambon, je voulais le manger jusqu'au bout. Pas de gaspillage. C'est mon nouveau mode de vie de fille qui a décidé de vivre modestement, c'est à dire selon ses moyens.

Hier, j'ai eu d'énormes crampes abdominales après un diner de maïs en grain et de jambon.
Aujourd'hui, histoire de l'achever et de passer à autre chose, je me suis achevée en donnant un nouveau souffle à ces crampes, dans un diner sous la forme de salade de macaronis aux cubes de jambon.

J'ai essayé de noyer les nausées dans le thé au jasmin.
Puis de l'ensevelir avec une pomme cueillie de ma main.

Rien n'y fait.

Jambon de malheur.

Ma grosse voisine, mon modèle

Le vélo est toujours en bas des escaliers en dépit du temps glacial et du manteau d'hiver sorti depuis le début du mois. Il me mène encore au boulot, à la bibliothèque, au marché, à la SAQ, même si ces jours-ci, les bronches ont attrapé froid et que chaque inspiration est une panacée.

Contre mon gré, j'ai pensé cette semaine à le remiser.
Cheap et surtout impatiente, je repousse le plus loin possible l'heure où le système de transport montréalais me dictera l'horaire de mes allées et venues.

Mais je ne peux pas le ranger. Pas maintenant.
Hier, je voyais ma voisine bien en chair grimper sur sa monture métallique pour voyager du point A au point B. Emmitouflée dans sa veste de duvet et chapeautée d'un épais bonnet de feutre, c'est à peine si je pouvais distinguer sa tête du reste de son corps. Chaque coup de roue que ses courtes jambes donnaient sur le pédalier tenait du défi.
Je la vois aller sur son deux roues depuis le mois de mai. Malgré ses rondeurs, malgré octobre qui ressemble à novembre, elle s'entête à pédaler. Juste à la voir, ça donne envie de continuer.

Pour ça, je lui lève mon chapeau, au risque d'attraper la crève.

lundi 19 octobre 2009

Wonder years


Comme quoi l'enfant en nous ne meurt pas.
Me voilà toute excitée en regardant une collection de jouets de fast-food sur le Kathysfastfoodtoys.com. Cliente chez McDonald's dès que j'ai eu l'âge de babiller, j'ai des souvenirs assez réjouissants de ces moments passés à l'arche dorée.

En observant les jouets, je constate que les belles années de mon enfance sont situées entre l'âge de 2 et 6 ans, soigneusement conservées dans un emballage plastifié imprimé d'un «Warning» en majuscule.

Je me rappelle encore les figurines McDonaldland, fabriquées dans caoutchouc machouillable. L'unité parentale les a jetés en même temps que nos icônes de Passe-Partout et leur maison. La trace de dents de la frangine avaient alors amputé Hamburglar de sa main et d'une partie de sa cape, alors que Pruneau s'en était tiré avec un pied arraché.

Il y avait les toutous Garfield, Odie et cie, des ramasse-poussière synthétiques qui n'ont peut-être pas fait long-feu dans la maison, mais aujourd'hui croisés dans les friperies et autres marchés aux puces, ils émanent encore cette odeur de sous-sol de béton et de murs pas finis en gypse.

Et ces petites voiturettes en légumes des Fraggle Rock.
Mes doigts ressentent encore la texture plastique de la queue du radis.
Ça roulait mal sur du tapis. Sur du prélart aussi.
C'était l'fun pareil.

Les figurines SuperMario Bros.
S'entend que c'était les meilleures de toutes. Même Burger King ne faisait pas le poids avec ses Simpson.
Il fallait lécher la ventouse du Little Goomba pour le voir culbuter vers l'arrière. La sœur, moi et les cousins, on se le passait tour à tour en croulant de rire à chaque saut. Je n'ose même pas imaginer le nombre de microbes qu'on s'est échangé.

C'est à une époque où il n'y avait pas de Purell.
C'est aussi à l'époque où jamais le paternel ni la génitrice ont cru bon nous interdire de manger des McCroquettes parce que c'était pas bon pour la santé.
C'est à l'époque où il n'y avait pas de culpabilité.

C'était la belle époque.

vendredi 16 octobre 2009

Les boîtes vocales, ces control-freak

L'université a toujours le don de te faire flipper. En fait non, c'est une pratique courante aussi au cégep. J'ai beau avoir fait deux cégeps et trois universités et essayé le double des programmes, à chaque fois que je crois avoir terminé un certificat, je reçois un avis qui me donne un arrêt cardiaque.
Le registrariat m'avise toujours qu'il me manque un cours pour recevoir mon diplôme et clore cette épopée scolaire.

Sciences humaines, rédaction, journaliste, création littéraire.
C-h-a-q-u-e f-o-i-s.

Ce matin encore. Un lettre pour m'inscrire à la session d'hiver, m'indiquant un manque à gagner de trois crédits. Je garoche La Presse sur le plancher, en signe de protestation, avant d'empoigner le téléphone.

La boîte vocale du registrariat m'avise que je dois écouter au complet le message de 5 minutes, que les délais d'attentes peuvent être intenses (!?) et que ma patience est requise. Puis, je dois appuyer sur le 0.
Une autre boîte vocale embarque, pour m'expédier un «toutesnoslignes sontoccupéesveuillezrappelerplustard» et VLAN, dans la face, elle coupe la ligne.
Pas le temps de protester, de respirer ou même, c'est un minimum, de patienter. T'as pas le choix.
C'est la boîte vocale qui a le dernier mot.
Bang.
Le registrariat a toujours le dernier mot anyway.

Le pire est qu'à chaque année, je me dis que j'ai envie d'y retourner.
Criss.

jeudi 15 octobre 2009

Changer le monde par les troubles alimentaires

C'est d'un malsain.
Je fais une fixation avec la nourriture.
Submergée par la culpabilité du fait que la société (non, pas la nôtre, américaine plutôt) cuisine moins de 27 minutes quotidiennement, ma conscience a décidé que je ne sombrerais pas dans ces statistiques.
Noooooo way.

Samedi matin, mes œufs s'accompagnaient de la recette de compote de tomates que Josée Di avait partagé la veille dans son spécial déjeuner. Je n'avais rien d'identique à ce que la recette demandait, j'ai donc improvisé. Je me suis sentie suiveuse, parce que c'était clair que le Québec en entier s'était déjà promis de l'essayer au cours du week-end. Le Subconscient a bien tenté de me rassurer en me disant que la feuille de menthe, l'ail pré-haché et les tomates italiennes amochées coupées en gros dés lui conférerait son caractère unique.

Lundi, pour jouer l'indépendante, je cuisais un jambon, pour moi toute seule, un quatre livres de fesse bien musclé, que j'ai envoyé mijoter à feu doux, en le gargarisant au préalable d'une bière rousse qui traînait au frigo. De la cannelle, une carotte, un céleri, de l'ail avec encore la pelure dessus, une robe en beurre de pommes et cinq heures plus tard, mon gros jambon était cuit.

Le lendemain, pour ne pas manger la même chose, je concoctais une chaudrée de maïs et de jambon. Au diable la recette, fuck les chefs, j'en suis une top, de la chaudrée, c'est pas compliqué.
J'ai mis quatorze tasses de bouillon de poulet.
Et pas une seule de crème ou de lait.
Avec son teint translucide, la chaudrée n'avait rien d'une chaudrée, mais tout de la soupe au blé d'Inde.
Personne au monde fait ça, de la soupe au blé d'Inde.

Entretemps, j'ai aussi cuisiné une armée de muffins aux carottes.

Je peux désormais nourrir deux centres de la Petite Enfance, ouvrir une succursale de Première Moisson et selon mes calculs, je pourrai même envoyer du jambon à la frangine au mouroir de Calcutta.

J'espère qu'ils ont un micro-onde.

mardi 13 octobre 2009

État d'alerte

Assise à mon bureau, je travaille (ou je prends une pause sur Facebook, MSN ou Twitter, c'est selon).
Le chat aîné grimpe sur ma table de cuisine transformée en pièce maîtresse de mon bureau. Il me regarde. Je l'embrasse sur la joue. Il m'éternue dessus.

Et immédiatement, avant de me ressaisir en réalisant que ce que j'ai dit c'est cave, je hurle : «EEEEEEEEEILLE! H1N1 !»

La bête me regarde, les poils autour de ses narines et de sa gueule mouillés de son éternuement.
Il cligne des yeux.

Puis il se blottit dans mon cou, en frottant sur ma peau sa morve de chat.

lundi 12 octobre 2009

Lèche-HD

«Today the average American spends a mere 27 minutes a day on food preparation (another four minutes cleaning up); that’s less than half the time that we spent cooking and cleaning up when Julia Child arrived on our television screens. It’s also less than half the time it takes to watch a single episode of “Top Chef” or “Chopped” or “The Next Food Network Star.” What this suggests is that a great many Americans are spending considerably more time watching images of cooking on television than they are cooking themselves — an increasingly archaic activity they will tell you they no longer have the time for.

What is wrong with this picture?»

- Tiré de l'article du New York Time Magazine Out of the Kitchen, Onto the Couch de Michael Pollan, 2 août 2009.

jeudi 8 octobre 2009

L'ombre des autres

Sur la porte du local adjacent à un café cubain, une grand carton annonce, à l'encre bleue, la mort de l'homme qui travaillait dans ce bureau.

Depuis que j'habite le quartier, j'ai souvent entrevu cet homme rondouillard à travers la porte vitrée, la main accroché au téléphone et le visage caché par une pile de feuilles orphelines et de journaux jaunis.

Du jour au lendemain, bang, il est parti. Entre Nelly et Falardeau.

Sur la porte, le carton annonce la date de ses funérailles. Une photo accompagne la notice. On y voit l'homme, tout petit dans sa rondeur, derrière un musicien tenant un saxophone

L'homme n'a même pas l'honneur d'être l'unique sujet sur sa propre photo de mort.

mardi 6 octobre 2009

Grand cœur malade (version pileuse)

Après avoir essuyé quelques refus dans des salons de toilettage, je trouve la perle rare, qui tond à des kilomètres de chez moi. Mon cas à problème — une minette de cinq ans, belle comme le printemps, mais au sens de l'hygiène discutable — est intouchable. Dès qu'on veut la brosser, elle hurle, crache et s'enfuit dans la poussière sous les meubles. Un paquet de trouble aux yeux de princesse, avec un souffle au cœur, ce qui rend l'anesthésie pour la tonte chez le vétérinaire d'autant plus difficile.

Puisque je suis incapable de la brosser, les boules de poil s'accumulent, sa tolérance au toucher diminue et bang! On doit se rendre chez le docteur capillaire.

Un salon qui m'a rejeté du revers de la main m'avise que même sans anesthésie, le petit cœur de ma chatte peut péter au frette sur la table si elle s'énerve trop. «Tsé, c'est un chat MALADE».

J'ai déjà dit que j'aimais les gens? Bref.

J'avertis ma perle rare que mon chat va lui uriner dessus, cracher sur son tablier, la mordre et hurler comme une forcenée. Il se peut même qu'elle ne puisse pas finir son travail.

La perle rare — Non, amène-la. Je vais être capable. Pauvre chouette. Faut l'aider.

Elle me prend par les sentiments.

En direction de son salon, le chauffeur de taxi me raconte qu'en Haïti, les chats perdent leurs boules de poil sans aide, sans personne pour les amener chez le vétérinaire pour des niaiseries comme ça.

Le chauffeur — Et en Haïti, on mange les chats, aussi.

Une fois au salon, la princesse mal léchée devient démone. Elle urine sur le tapis en criant et si elle avait pu grimper aux rideaux comme Garfield, les lundis, elle ne se serait pas gênée. Dans un petit coin, il y a moi qui tremble, qui a le cœur tout déchiré d'entendre son jouet vivant s'époumoner comme une bête qu'on cherche à égorger.

Après trente minutes de caresses, de rasoir et de douces paroles rassurantes dites de ma voix chevrotante (les princesses n'aiment pas toutes les caresses), la perle rare troque le clipper pour la brosse classique.

La perle rare — Je ne comprends pas. Elle est super énervée, mais elle n'est pas essoufflée.

Je sais. À la regarder du coin de l'œil, entre deux hurlements, je vois la comédienne me faire des clins d'œil avec ses longs cils. Juré.

Du poil gris jusqu'au fond de la gorge, la perle rare lève le drapeau blanc 15 minutes plus tard. Je l'avais levé depuis 43 minutes déjà, mais personne n'a remarqué.

La perle rare, souillée du pipi de mon chat, m'escorte même jusque à ma maison, m'évitant ainsi un taxi pour le retour. Sur mes cuisses, la princesse a demi-rasée, désormais punkette, ronronne.

La propriétaire de chats sains d'esprit — C'est vrai que les boules de poil tombent toutes seules avec le temps?
La perle rare — Oui. Mais elle partent avec la peau du chat aussi, ça fait des plaies épouvantables. Tu voudrais pas voir ça.

En effet.
Au risque d'y laisser ma vie, je ne me vois pas lui faire ingurgiter des capsules de cortisone.
Ici, il y a assez de monde sous médication.

lundi 5 octobre 2009

Sous un ciel variable

Pendant que je travaille dans le confort de mon foyer, le gros rouquin poilu dopé par sa médication profondément endormi à mes pieds, je ne peux m'empêcher d'angoisser. Y a le soleil qui pointe à travers le rideau de bois, M. Ward qui pète dans mes hauts-parleurs et le frigo pas trop loin, précieux allié qui me fournit des dattes et une raison de m'éloigner de mon bureau. De quoi faire des jaloux.

Mais je ne sais pas si c'est de saison, le nouveau mal de novembre qui surgit plus tôt cette année, ou le fait que la frangine s'envole dans quelques jours pour aider les mourants à Calcutta, j'ai la chienne, la grosse chienne sale, qui serre l'œsophage et écrase les artères. Celle qui empêche de retrouver son souffle.

Depuis mon retour y a un Everest de paperasse et de mots qui me regarde du coin de ma table, qui ne demande qu'à être traduit, fouillé, exploré et je me trouve pas assez intelligente pour abattre tout le boulot. J'ai la chienne de les porter sur mon dos.
Oui. La grosse chienne sale de voir ce qu'il pourrait se passer.
On est bien toujours son propre ennemi.

Le pire, c'est que Mon ami Bob n'est pas assez loquace pour me trouver le terme exact qui représente la peur indélébile d'être fondamentalement ignorant. À quoi ça sert d'abord, un dictionnaire.

Pendant ce temps-là, mon félin est heureux dans ses songes médicamentés, couché sur un dépliant d'hôtel de Galilée, et ma sœur part pour aider à s'en aller ceux qui voudraient bien exister encore un peu.

samedi 3 octobre 2009

Derrière la question

Il y a quelques années, j'ai écrit un courriel à Ricardo.
J'avais besoin d'un conseil.

Le Subconscient venait à peine de passer son premier mois en ma compagnie. C'était la Saint-Valentin. J'étais arrivée chez lui avec des sacs remplis de fruits. J'avais envie d'une fondue au chocolat.

Catastrophe culinaire et remarquable échec pour célébrer cet amour naissant. Le chocolat, chauffé au bain-marie et surveillé par l'œil attentif du Subconscient pendant que je tranchais des kiwis, a commencé à évacuer une épaisse couche huileuse, qui ne s'est plus jamais amalgamée au mélange.

On l'a mangé pareil, parce qu'on était jeunes, cheap et amoureux.

Échaudée, je ne voulais plus jamais que pareille honte vienne se couvrir sur mes idées sucrées pendant mes dates.

C'est ainsi que j'ai écrit à Ricardo. Ma lettre est passée quelques mois plus tard dans son magazine. C'était en 2006.

Et ce matin, pendant que je me cherchais quelque chose à concocter en cette journée pluvieuse, j'ai retrouvé ma lettre, au fin fond des autres questions de sa rubrique 911.

Ça me fait tout drôle, d'être anonymement archivée sur le site qui porte le nom de Ricardo, mais où jamais on ne voit son visage.

Depuis plus de 3 ans, quand je fais de la fondue, j'ajoute du lait ou de la crème au chocolat.

Vraisemblablement, je ne me suis jamais rendu à la fin de sa réponse avant aujourd'hui.

jeudi 1 octobre 2009

L'homme contemporain

Dans la rue, près d'un bar, j'aperçois un gars. Un beau gars, grand, le regard mystérieux, les cheveux peignés, lissés, propres, soignés, vêtu d'un manteau de cuir noir. À ses côtés, une belle fille, grande, pâmée sur le gars au regard mystérieux, le capillaire méritant tout autant d'adjectifs que celui du beau gars, chaussée de Fuckmeboots.

Un vrai couple de belles gens.

Puis, comme sorti de nul part, le gars lève le bras et penche la tête vers l'arrière pour ingurgiter un liquide.
Dans sa main, il tient un contenant.
Un contenant de yogourt à boire Yop aux fraises.




Ça, c'est de l'inattendu.

mardi 29 septembre 2009

La sortie, par la rentrée

Il y a quelque chose de triste à voir sa carte étudiante chérie périmer. Celle-là même qui a une photo de soi vieille de quatre ans, qui rappelle une autre époque, celle où on avait les cheveux plus longs, celle où même si on avait un appartement, on avait pas de vraies responsabilités comme être ponctuelle à ses rendez-vous et s'habiller proprement.
La belle époque où on n'entretenait aucune relation avec ses professeurs, parce que les salles de cours étaient bien trop bondées, et où on pouvait alors se sauver à la pause-café pour aller magasiner.

Ouais, celle-là, la belle époque.

Où jusqu'à il y a trois semaines, je pouvais aller à Québec en payant très cher, mais moins cher, où je pouvais aller au ciné en 2 pour 1 en septembre, où je pouvais être une sœur aînée qui avait un rabais étudiant devant sa petite sœur dans les musées, où je pouvais supplier le Subconscient de m'inviter et de payer pour moi, parce que anyway je coûtais pas cher.

Ben c'est fini ce temps-là. C'est parti en même temps que la pluie est revenue.

Ce qui est génial, c'est que dès janvier je vais pouvoir obtenir une nouvelle carte.

dimanche 27 septembre 2009

Gâcher son diner et son souper, en une étape facile (et très salissante)

À Tel-Aviv, on nous a laissé une heure de liberté (oui, de pure liberté) dans le plus gros marché de la ville, le Camel Market.

J'avais 60 minutes pour prendre des photos, saisir l'essence de l'endroit, me trouver de quoi manger et lutter avec les locaux pour me tailler une place entre les étals. Le Camel Market, c'est le marché Jean-Talon exposant 3, sur la même superficie, mais en longueur. C'est comme y faire ses courses un ensoleillé samedi de septembre, mais avec six fois plus de gens, et avec des commis qui garochent des boîtes de légumes pourris à trois centimètres de ton visage.

Puisque je voulais découvrir d'autres saveurs que celles du falafel — quoique délicieux parce que c'est frit — je me suis lancé à la recherche du diner parfait.

Et lorsque l'on se lance dans la quête du parfait, ça finit toujours en quelque chose de boiteux, c'est bien connu.

Je voulais manger des légumes, et surtout pas manger de pain, question de donner à mon pauvre corps un répit, et à 5 minutes du moment où je devais retrouver mes 92 324 comparses au point de rencontre désigné, je suis sortie d'une boulangerie, ultra rushée, avec un gros pain arrosé d'huile d'olive sur lequel on a déposé une mince tranche de tomate, une autre d'aubergine et une autre de courgette.

Encore une fois, j'ai été leurrée par l'emballage et les légumes, qui me saluaient de leur allure lustrée d'huile. Après avoir mangé les trois centimètres carrés de légumes, j'ai abandonné mon diner, et imbibée de culpabilité, j'ai accroché au passage, à -2 minutes avant l'heure fatidique, une mangue, que j'ai payé un prix astronomique pour un produit local, mais faut se faire à l'idée qu'on est en Israël, pas au Paraguay.

Et quelle mangue, ais-je choisie.

Un fruit immense, contenant a lui seul le double des rations de fruits quotidiennes recommandées par le guide alimentaire canadien. Puisque je n'avais pas de couteau en ma possession, j'ai attendu d'être à l'hôtel, une heure avant le souper, pour déguster la bête.

Ma recherche de coutellerie m'a mené au bar du lobby, où un serveur tout ce qu'il y a de moins jovial m'a offert un couteau qui ne coupe pas ainsi qu'une assiette plus petite que la mangue elle-même pour que je puisse gâcher admirablement mon souper avec ce fruit paradisiaque.

Je plante le couteau dans la mangue supra-juteuse, qui éjecte illico son nectar sur le comptoir ainsi que sur les verres propres du bar. Le serveur peu charismatique n'a rien vu du saccage. Soulagée, j'éponge mon front avec ma main poisseuse. J'ai de la mangue jusque dans les cheveux. D'une main malhabile, je tranche le fruit comme je le peux, sous la supervision du serveur, qui, malgré son air de bœuf, me fait l'honneur de m'enseigner comment ouvrir mon fruit, même si j'ai vu comment on fait 1000 fois à l'émission de Ricardo.

Les cubes de chair trempent dans un bain de jus que l'assiette à thé peine à contenir. Moi qui déteste avoir les mains collantes — coquetterie héritée d'une entité maternelle freak de la propreté — j'ai les deux mains collantes jusqu'au coude et le visage barbouillé de mangue.

Le serveur m'ayant laissé à moi-même depuis un moment, je lèche mes doigts quatre à quatre afin de les nettoyer comme je peux, faute d'essuie-tout. Comme un voyou, je quitte la table, en ne pouvant laisser aucun pourboire au serveur, parce que mes mains sont trop dégueulasses pour que je puisse fouiller dans mon portefeuille.

Entre le bar du lobby et la porte de ma chambre, j'ai laissé ma trace sur chacune des portes, souillé le bouton d'ascenseur du 9e étage jusqu'au robinet de ma room with a view.

J'ai aussi admirablement gâché mon souper de «seafood chaos».

Et à des kilomètres de Tel-Aviv, je voyais déjà le regard réprobateur du Subconscient.

jeudi 24 septembre 2009

Home sweet mal de cœur

Un smoothie mangue/yogourt/orange/banane à la main, j'essaie de noyer ma nausée à l'aéroport de Vancouver. J'savais pas que l'on me servirait du crabe et du saumon sauvage au déjeuner, au diner et au souper une semaine durant. Non seulement je crois que mon corps peine à survivre à une surdose de mercure, mais j'ai l'arrière-pensée coupable d'avoir participé contre mon gré au génocide marin.

Je prends un bol de Muslïx en arrivant.
 
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